13.11.2005

Festival du film américain de Deauville : 12 années de souvenirs indélébiles...

1994. Le hasard me conduit à Deauville, un jour de festival du film américain. Heureux hasard. Depuis, pour moi, le rendez-vous est incontournable, immuable…et à son sujet désormais suis-je intarissable, pas seulement pour le plaisir de faire une rime en able bien que cela soit fort agréable d’ainsi évoquer tous ces souvenirs ineffables, à Deauville, là où rien n’est improbable. Depuis douze ans donc, chaque début septembre, mes pas sont inéluctablement aimantés vers Deauville, je n’ose ajouter Deauville l’affable, pourtant telle est-elle, indéniablement. Est-ce raisonnable ? La passion ne l’est pas et dévorante est celle-ci.

 Douze ans déjà que Deauville m’a envoûtée. Une évidence, cinématographique et fulgurante évidence. Douze ans que pour la première fois j’entrais, chancelante, hypnotisée déjà, dans le majestueux CID qui me vit ensuite passer par toutes les couleurs de l’émotion cinéphilique. Douze ans que pendant neuf jours cinéma et réalité se mêlent insidieusement. Délicieusement aussi. Douze ans de souvenirs insolites, sublimes, singuliers, inénarrables. Oui, inénarrables souvent. La vie y est parfois un roman. Un roman chaque année différent. Frôlant parfois la science-fiction même. Un film qui s’écrit chaque début septembre, en Normandie, dans le 21ème arrondissement. Film passionnant, haletant, inquiétant, déroutant, captivant, désarçonnant. Forcément intéressant. Voire palpitant. Parenthèse onirique dans un monde tourmenté qu’il n’oublie pas aussi de refléter. Respiration salutaire dans une dramatique actualité.

Certes, depuis j’ai découvert d’autres festivals, en tant que jurée et/ou spectatrice : Cannes, Dinard, Cognac, Paris, Cabourg, Saint-Malo, Lille etc. Depuis tant d’autres souvenirs amoncelés. Tant d’autres découvertes cinématographiques engrangées…mais Deauville est à part. C’est à Deauville que le cinéma m’a définitivement ensorcelée. Deauville a un charme indicible que l’on ne retrouve dans aucun autre festival. Alliance subtile de charme normand et de grandiloquence hollywoodienne. Deauville, écrin prestigieux pour ce cinéma qui l’a immortalisée tant de fois. 

Depuis, j'ai découvert d'autres aspects de ce festival, en tant que membre d'un jury de cinéphiles notamment. Depuis j'en ai découvert les coulisses, les tractations insoupçonnées. Depuis, j'ai découvert cet autre spectacle, déconcertant parfois. Moins émerveillée peut-être, plus lucide certainement mais toujours fidèle à ce magnifique rendez-vous normand. Magnifique, encore, malgré tout. Certainement, aussi.

Ce festival célèbre aussi la diversité du cinéma, et pas seulement celle du cinéma américain, loin de la caricature à laquelle on le réduit trop souvent. A Deauville, le cinéma sait être septième art et divertissement, Jack Valenti remettait le prix Michel d’Ornano (cette année décerné à La petite Jérusalem de Karin Albou, voir ma critique dans mon compte-rendu du festival du film américain de Deauville 2005), sans que cela soit un paradoxe ou un antagonisme. L’offre est pléthorique entre les films indépendants en compétition, les avant-premières des blockbusters, la section Panorama, les courts-métrages (dont la compétition avait néanmoins malheureusement été évincée cette année) et plus récemment « Les docs de l’oncle Sam »… La compétition des longs-métrages et la section Panorama notamment permettent de donner une visibilité à un cinéma plus exigeant, audacieux, et parfois de découvrir de véritables pépites cinématographiques. De véritables expériences cinématographiques parfois même comme avec Being John Malkovich de Spike Jonze… Beaucoup se souviennent aussi encore de la projection de Gerry de Gus Van Sant. Découverte d’un orfèvre du septième art parmi tant d’autres qui ont foulé les Planches. Le festivalier se fait chercheur d’or, ruée à laquelle Chaplin même aurait eu à envier.

Deauville peut s’enorgueillir d’avoir créé le plus prestigieux des génériques. Je songe ainsi à Lauren Bacall ou Kirk Douglas, l’inoubliable héroïne du Port de l’angoisse et du Grand sommeil y croisant Spartacus. Le générique de La femme aux chimères reconstitué, 50 ans après. Je songe aussi à Spielberg ou Tom Hanks habitués des Planches et de la région, à James Coburn ou Geena Rowlands qui ont également honoré Deauville de leurs charismatiques présences. Je songe encore à Joel Grey entonnant les 25 ans du festival, à ces mêmes inoubliables 25 ans du festival, à l’émotion d’Al Pacino lors de l’hommage que le festival lui avait rendu, à celle de Clint Eastwood aussi, ou de Morgan Freeman encore. Pluie d’étoiles étincelantes et pas seulement celles de la bannière étoilée. Je songe enfin aux applaudissement qui ponctuent les projections comme lors de celle du lyrique et flamboyant Tigres et dragons d’Ang Lee. Je songe beaucoup me direz-vous mais probablement Deauville est-elle incitatrice aux songes, même si elle incite aussi à la réflexion n’en déplaise aux détracteurs du festival qui le réduisent à une vitrine des prochains blockbusters.

 Je songe encore qu’à Deauville, chaque année, chaque début septembre, le temps arrête sa course effrénée, son vol suspendu pour dérouler son ruban de rêves sur ses Planches aussi éternelles et intemporelles que les noms qu’elles immortalisent. Décidément, même « sans Trintignant », Deauville a toujours ce même charme lancinant et non moins fascinant, toujours parée de sa grisante mélancolie.

Je songe (je songe irrémédiablement) à tous ces moments magiques. Instants indélébiles. De vie. De soirées. De rencontres. D’autres hasards, aussi. Souvent improbables, plus même que les films les précèdant. Instants de cinéma. D’irréalité. De surréalité même. De comédie humaine. Inhumaine parfois. Des moments dont je me demande encore si je les ai réellement vécus, ou simplement rêvés…Vécus, pourtant…mais c’est là déjà une autre histoire…une longue histoire. Deauville chaque année : réminiscences de l’exacerbation de ma passion pour le septième art. Nostalgie, aussi, forcément. Si douce nostalgie.

Pour en savoir plus sur le festival du film américain de Deauville, rendez-vous sur mon site consacré aux 30 ans du festival du film américain de Deauville, d’ailleurs référencé par le site officiel du festival. Rendez-vous également sur mon site consacré au festival 2005 sur lequel vous trouverez toutes les informations pour venir au festival et l’édito retranscrit en partie ci-dessus. Vous pouvez enfin retrouver mon récit intégral du festival du film américain de Deauville 2005 sur ce blog.

 Il ne nous reste plus qu’à espérer qu’en 2006 (du 1er au 10 septembre 2006 ) le festival de Deauville aura retrouvé son prestige et son faste d’antan…et la passion qui l’animait il y a quelques années encore.

©Sandra Mézière  ( il se peut que la qualité de certaines photos soit très mauvaise, je m'en excuse d'avance, certaines datant de 1998, photos © Sandra Mézière)