04.03.2006
"Munich", le plaidoyer pour la paix de Steven Spielberg
Générique. Des noms de ville remplissent l’écran puis Munich apparaît en lettres rouges, en exergue. Rouge couleur sang. Celui que fit couler un commando de l’organisation palestinienne Septembre noir en prenant en otage puis tuant onze athlètes israéliens de l’équipe olympique lors des Jeux Olympiques d’été de Munich en 1972. Celui qu’un agent du Mossad et son équipe de quatre hommes, engagés par le gouvernement israélien de Golda Meir, doivent faire couler en représailles, en agissant dans la clandestinité.
A travers huit pays nous suivons leur traque des représentants de Septembre noir considérés comme responsables de la prise d’otage de Munich. Le cycle de la violence est enclenché, a atteint un degré supérieur, encore qu’elle ne soit pas quantifiable. Le symbole de paix, celui des Jeux Olympiques, est devenu symbole d’horreur. Le cycle ne s’est toujours pas arrêté. Quand s’arrêtera-t-il ? Comment peut-il s’arrêter si la loi du talion continue à régir le conflit israélo-palestinien ? C’est avant tout cela ce film de Spielberg : un questionnement, les prémisses d’une réflexion. Spielberg s’est vu reprocher d’avoir signé un film anti-palestinien par les uns, anti-israélien par les autres. Bref, on lui reproche de ne pas prendre parti. Les reproches soulignent ce qu’il dénonce : l’impossibilité du dialogue, le cycle infernal de la vengeance et de la violence, la nécessité d’une réponse vindicative pour chacune des parties.
L’agent du Mossad qui prend la tête de cette équipe c’est Avner interprété par Eric Bana, face à sa conscience, sa morale, ses doutes quant au bien-fondé d’une opération pour un Mossad auquel il n’appartient officiellement plus, une opération destinée à tuer des hommes pour que de plus déterminés encore prennent leur place. A ses côtés, quatre agents qui incarnent chacun un visage de cette vengeance, les atermoiements et/ou la résolution. Des personnalités particulièrement bien différenciées autant par leurs origines que par leurs apparences que ce soit les personnages interprétés par Mathieu Kassovitz ou Daniel Craig etc. La clarté règne en effet dans ce film sombre au sujet pourtant ô combien complexe ô combien sensible.
La clarté d’un cinéaste au sommet de la maîtrise de son art qui nous donne là une leçon de géopolitique autant qu’une leçon de cinéma, encore qu’il ne s’agisse pas vraiment de leçon concernant l’Histoire, un questionnement plutôt, concernant le cinéma, l’histoire donc, la petite, davantage : montage parallèle contribuant à une accélération judicieuse de la tension, flash-backs intelligemment distillés, identification inéluctable du spectateur pour cet homme, mari aimant d’une femme sur le point d’accoucher puis père d’un enfant, plongé dans ce cycle infernal, personnages distinctement marqués. Une vraie leçon de scénario. La géopolitique à visage humain aussi.
Spielberg n’a pourtant pas non plus cédé au sentimentalisme ni à la violence gratuite. Chaque scène est justifiée, d’un âpre réalisme parfois, mais jamais superflue. Certaines scènes, comme celle où les agents du Mossad se retrouvent dans la même cachette que des combattants palestiniens, pourrait paraître téléphonée si elle n’était au service d’un propos, si elle n’était le prétexte notamment à un face à face entre le Palestinien et l’Israélien, qui dialoguent et expriment une même légitimité, un même amour pour une terre qu’ils revendiquent comme leur, (le dialogue, même difficile, paraît alors possible mais le second devra finalement tuer le premier) ou encore comme cette scène ou l’un des agents d’Avner et le Palestinien effectuent une sorte de joute musicale en mettant chacun une musique propre à leur culture. On est au bord du conflit. Finalement l’un mettra une musique, américaine. La tension retombe. Tout est dit…
Face à ces cinq agents on trouve une CIA et une France aux rôles ambivalents, une France incarnée par Mathieu Amalric et Michael Lonsdale, marchands d’armes et d’informations. Le conflit est international, le film l’est aussi, nous faisant traverser huit pays en 2H40, 2H40 que nous ne voyons pas passer, tant Spielberg sait faire persister la tension. Tension de l’Histoire et de l’histoire. Tension de cette traque insatiable et inlassable. Tension d’une conscience qui hante de plus en plus le protagoniste.
International aussi par sa prestigieuse distribution dans laquelle de nombreux acteurs français figurent, je vous les laisse découvrir. Après Truffaut dans Rencontres du troisième type ou encore Nathalie Baye dans Arrête-moi si tu peux, Spielberg prouve une nouvelle fois son intérêt pour le cinéma hexagonal.
Si ce n’est pas une « leçon » d’Histoire, c’est d’abord et aussi parce-que Munich n’est pas un documentaire mais une fiction historique « inspirée de faits réels » comme Spielberg l’a lui-même souligné. Ce n’est pas une leçon d’Histoire parce-que ces agents n’ont officiellement jamais existé, le Mossad n’ayant jamais reconnu leur existence. Il s’agit donc de supputations néanmoins particulièrement bien documentées. Et puis le questionnement et le propos n’en restent pas moins là.
Munich, plus que le nom d’une ville en forme de titre c’est toute une histoire, la ville des Jeux Olympiques, une ville meurtrie bien sûr mais la ville du nazisme aussi. Ville évocatrice de la complexité de la violence. La ville des blessures de l’Histoire. Un autre questionnement. Hier qui essaie de justifier et/ou d’expliquer et/ou cautionner aujourd’hui…selon les points de vue. Un titre et déjà tout un propos, n’en déplaisent à ceux qui railleraient la vacuité ou la pédagogie simplificatrice de ce film. Spielberg n’est pas seulement le roi du cinéma de divertissement, c’est aussi le réalisateur de La liste de Schindler, d’Amistad, La couleur pourpre qui ont su prouver que ses films n’étaient pas seulement des démonstrations de virtuosité stylistique.
Le film s’achève sur une image du World Trade Center en arrière plan. Tout semble paisible mais les Twin Towers sont là pour nous rappeler que ce n’est qu’un leurre, que plus de trente ans après la violence perdure toujours. Son propos fait plus que jamais écho à l’actualité. Raccourci que certains jugeront simpliste, voire périlleux. Un questionnement, juste un questionnement…et un plaidoyer pour la paix.
En s’inspirant d’un ouvrage de George Jonas de 1984, Spielberg, avec cette adaptation, a réussi la difficile alliance de l’action et de la réflexion, un film instructif, intense, passionnant, haletant et prenant comme un thriller, mais surtout un film sincère et courageux.
Sincère et courageux donc. Sincère comme le film en tête du box-office français actuellement, celui d’Isabelle Mergaut, au titre certes beaucoup moins polysémique : Je vous trouve très beau. Un succès inattendu. J’en connais dont la lecture de cette comparaison hasardeuse va se faire hérisser les cheveux sur la tête. Comment oser comparer un film d’un réalisateur qui n’a plus rien à prouver et qui frôle la perfection à ce premier film maladroit, au montage aléatoire, à la réalisation téléfilmique, au scénario parfois improbable ?! Ces deux films ont pourtant a priori un point commun : la sincérité, celle d’une scénariste qui a admis n’avoir aucun talent de réalisatrice et qui (reconnaissons-lui au moins ça) a réalisé un film d’une louable naïveté dans lequel Michel Blanc, qui l’a d’ailleurs déjà prouvé notamment avec M.Hire, excelle dans le drame autant que dans la comédie. Sincérité ? Les cyniques, dont je ne suis pas, préfèreront peut-être dire qu’ils ont surtout le talent de bien savoir la feindre. C’est un autre débat.
En attendant, je vous recommande vivement Munich et pourquoi pas d’aller ensuite voir Je vous trouve très beau pendant lequel vous pourrez allègrement réfléchir aux questionnements de Spielberg, et rêver d’une paix qui aujourd’hui encore demeure malheureusement utopique, ou à méditer sur cette affiche qui laisse malgré tout percevoir une lumière aveuglante derrière un homme abattu, l'espoir derrière l'obscurité du présent, derrière l'abattement et l'impuissance face à un conflit qui demeure insoluble.
Sandra.M
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11.12.2005
Le film de la semaine du 14 décembre recommandé par "In the mood for cinéma": critique en avant-première!
Pour la semaine du 14 décembre "In the mood for cinéma" vous recommande un film dont je vous avais déjà parlé d'abord à l'occasion du festival du film romantique de Cabourg où il était présenté en compétition officielle puis lors du festival du film américain de Deauville où il a reçu le prix Michel d'Ornano 2005, il s'agit de La petite Jérusalem de Karin Albou (sortie le 14 décembre donc). A voir absolument!
Ci-dessous ma critique de La petite Jérusalem en avant-première, extraite de mon article sur le festival du film américain de Deauville 2005.
Cette année le film ayant reçu le prix Michel d’Ornano habituellement projeté dans la salle du Casino, a les honneurs de la prestigieuse salle du CID. Des films aussi divers que Le bleu des villes, Les jolies choses, Filles perdues, cheveux gras, ont obtenu cette distinction destinée à récompenser le premiers scénarios français portés à l’écran. Cette année le prix est décerné à La petite Jérusalem de Karin Albou. Ayant déjà vu ce film présenté au dernier festival du film romantique de Cabourg, j’y retourne néanmoins avec plaisir. La petite Jérusalem est un quartier de Sarcelles, en banlieue parisienne où de nombreux juifs ont émigré. Laura (Fanny Valette), 18 ans, est tiraillée entre son éducation religieuse et ses études de philosophie qui la passionnent et lui offrent une autre vision du monde. Alors que sa sœur Mathilde (Elsa Zylberstein) tente de redonner vie à son couple, Laura succombe à ses premières émotions amoureuses. Karin Albou « esquive », avec la même subtilité que le film précité d'Abdellatif Kechiche, ce qui aurait pu être une caricature sur la banlieue, nous livrant un film au discours et aux questionnements identitaires et philosophiques universels. Le titre renvoie autant à la judéité qu’à la féminité, au fond les deux sources d’atermoiement du personnage principal. Est-on libre en enfreignant la loi ou en la respectant ? Loi du désir ou loi religieuse ? Loi philosophique ou Torah ? Laura oscille entre l’un et l’autre, entre ses désirs et la raison, sa liberté et la loi, le choix de sa propre loi ou l’obéissance à la loi -religieuse- pour finalement trouver le chemin de sa propre liberté. Je vous laisse découvrir l’itinéraire tortueux et passionnant, passionné aussi, qu’elle aura emprunté pour y parvenir. Karin Albou nous fait cheminer dans sa conscience fiévreuse, sans jamais juger, nous laissant parfois choisir, douter avec elle, nous renvoyant habilement et constamment à nos propres questionnements. Un film sur le doute amoureux, philosophique, religieux qui n’en laisse planer aucun quant au talent de sa réalisatrice et de son interprète principale. Les dialogues sont aussi bien écrits que les silences, admirablement filmés, plongés dans une obscurité métaphorique. Un film intense sur la liberté. Libre. Mon coup de cœur du festival…du film américain, aussi français soit-il.
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06.12.2005
Les films de la semaine recommandés par "In the mood for cinéma": "Grizzly man" et "Forty shades of blue"
Cette semaine, "In the mood for cinéma" vous recommande deux films présentés au dernier festival du film américain de Deauville dont vous pouviez retrouver les critiques en avant-première sur ce site dès septembre : il s'agit de Grizzly man de W. Herzog et Forty shades of blue d'Ira Sachs.
Extraits de mes commentaires du festival du film américain de Deauville 2005 sur Grizzly man et Forty shades of blue.
Depuis 3 ans, le festival a également la bonne idée de présenter des documentaires « Les docs de l’oncle Sam ». Malgré le soleil qui incite plutôt à déambuler sur les Planches et à ne pas déroger à mon rituel kantien, en cinéphile imperturbable que je suis, je me décide donc courageusement pour Grizzly man de W.Herzog qui retrace le portrait de Timothy Treadwell qui a vécu régulièrement au milieu des redoutables grizzlys sauvages d’Alaska par lesquels lui et sa compagne seront finalement dévorés, dénouement symbolique d’une nature impitoyable que
personne ne peut maîtriser ou dompter. Tout au long du documentaire on s’interroge constamment sur les réelles motivations de Timothy : agit-il pour le plaisir de se mettre en scène ou est-il un fervent défenseur de la cause animale ? La première thèse pourrait être renforcée par son désir premier d’être acteur mais sa fascination, son aveugle fascination même, semble particulièrement sincère. Je ne peux m’empêcher d’être fascinée moi aussi, agacée cependant également, par cette sorte de « Matador » pacifique qui côtoie constamment le danger avec une désinvolture apparente. Une passionnante et terrifiante expérience, des étincelles de l’instant magique.
Forty shades of blue d'Ira Sachs est le cinquième film de la compétition et il arrive auréolé du prix du jury à Sundance. C’est avant tout le portrait de Laura, une jeune femme russe, vivant à Memphis avec son mari, Alan, célèbre producteur de musique et leur fils de 3 ans. Leur vie confortable mais teintée de solitude, est un
jour troublée par l’arrivée du premier fils d’Alan, Michael, du même âge que Laura…Il est de ces films qui vous entraînent, vous charment, vous envahissent, sans que vous sachiez très bien pourquoi. « Forty shades of blue » est de ceux-là. Chaque minute du film, sa musique, son montage, ses couleurs bleutées et crépusculaires portent l’empreinte de la solitude et témoignent de l’enfermement de son héroïne. Les silences pesants, les regards qui disent, mentent, taisent, constituent un véritable dialogue que certains jugeront trop elliptique mais qui ravira les amateurs d’implicite qui préfèrent les nuances (=shade) du bleu au manichéisme du noir et blanc.
Retrouvez l'intégralité de mon compte-rendu du festival du film américain de Deauville 2005, en cliquant ici.
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29.11.2005
Le film de la semaine recommandé par « In the mood for cinéma » : « Le temps qui reste », le film bouleversant de François Ozon.
- Comme chaque semaine « In the mood for cinéma » vous recommande un film qui sort demain et vous en parle en avant-première, cette semaine « Le temps qui reste », le film bouleversant de François Ozon.
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Non, non, n’écoutez pas les pseudos-blasés-aux-films-sur-la-mort qui vous diront qu’il était si facile de vous faire verser votre petite larme avec un tel sujet, si facile qu’ils ne sont pas tombés dans le piège, eux qui en ont vu d’autres (morts donc, je présume). S’il ne faut pas les écouter c’est d’abord parce-que c’est un sujet certes éminemment cinématographique et d'ailleurs très périlleux mais surtout parce-que rarement un film nous aura aussi bien parlé de la vie : de sa fragilité, de sa fugacité, de ses moments qu’on voudrait retenir, immortaliser et que Romain fige avec son appareil photo. Instantanés immortels d’un mortel qui en a plus que jamais conscience face à l’imminence de l’inéluctable dénouement. - Avec Sous le sable, François Ozon nous avait déjà prouvé avec quelle pudeur il savait traiter ce sujet. Le temps qui reste est le deuxième volet de ce que François Ozon annonce comme une trilogie, j’attends avec énormément d’impatience la sortie de la troisième partie.
- Une belle leçon de vie et de cinéma que je vous recommande plus que vivement et parce-que c’est tout sauf un mélodrame larmoyant mais un film d’une vibrante nécessité…qui ne pourra vous laisser indifférents (sauf si vous appartenez à la catégorie précitée des pseudos-blasés-aux-films-sur-la-mort)!
- Dès le festival de Cannes 2005, je vous parlais déjà de ce film qui y était en sélection dans la section Un Certain Regard, et qui m’avait bouleversée, et auquel je repense encore très souvent depuis. Ci-dessous, retrouvez l’article que j’avais alors écrit, et pour lire l’intégralité de mon compte-rendu cannois, rendez-vous dans la rubrique Festival de Cannes 2005 :
- Lundi 16 Mai 2005 (sixième jour de festival de Cannes)
- "La journée s’annonce cinématographiquement chargée. Même si j’ai décidé de me consacrer à la compétition officielle pour en avoir une vue d’ensemble le choix est bien souvent cornélien car la vision du programme alléchant des autres sélections (Un certain Regard, La Quinzaine des réalisateurs, la Cinéfondation, les courts-métrages en compétition, la Semaine de la critique, Cinémas du monde etc) menace mes bonnes résolutions … Bref les tentations cinéphiliques sont perpétuelles. Le meilleur moyen de résister à la tentation est d’y céder selon Oscar Wilde. On ne contredit pas Oscar Wilde : j’inscris donc à mon programme du jour le film de François Ozon « le temps qui reste », en compétition dans la section Un certain regard. Le temps, justement, est à l’orage. Probablement Hélios, en cinéphile averti, désapprouve-t-il la tiédeur de la compétition. Même si je ne peux que l’approuver j’aurais préféré attendre sous un ciel plus clément l’ouverture des marches (bleues celles-là) qui mènent à la salle Debussy où sont projetés les films de la section « Un certain regard ». Une ouverture salutaire des portes met fin à mes réclamations silencieuses. La salle est bondée. De nombreux festivaliers ont été refoulés. Melvil Poupaud et le réalisateur viennent présenter le film, le premier évoquant le plaisir d’avoir travaillé avec le second et en ce lundi de Pentecôte travaillé sujet à controverse, Ozon, quant à lui, excuse ironiquement l’absence de Jeanne Moreau par une grève prétendue … L’ironie ne devrait plus vraiment être au rendez-vous par la suite puisque l’histoire du « temps qui reste »est celle de Romain, un jeune photographe de trente ans qui apprend brutalement qu’il n’a plus que quelques mois à vivre. Plutôt que de traquer les signes de la maladie ou de signer un film larmoyant sur la mort, Ozon, nous raconte l’histoire d’une réconciliation, celle d’un homme avec lui-même, celle d’un homme qui dit de lui qu’il « n’est pas quelqu’un de gentil ». On suit pas à pas son cheminement et ses photographies qui immortalisent la fugacité du bonheur, jusqu’à la libération finale, écho à la sublime et cruelle fin de « 5 fois 2 », un rayon de soleil aussi paradoxal dans les deux films puisque dans « le temps qui reste » c’est la fin paradoxalement apaisée d’un homme et dans « 5 fois 2 » le début a posteriori douloureux d’une histoire puisque nous en connaissons le tragique dénouement. Une réalisation sobre et non moins brillante transforme ce qui aurait pu être un film désespérément obscur en une leçon de vie et peut-être plus encore en une leçon de cinéma car Ozon a réussi à dresser les portraits de personnages ambivalents, parfois salutairement désagréables ou juste simplement humains, ne tombant jamais dans le manichéisme ou la caricature. La première vraie émotion de ce festival. Dommage qu’il n’ait pas figuré dans la compétition officielle comme Swimming pool précédemment… »
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22.11.2005
Les films de la semaine du 23 novembre
Cette semaine, « In the mood for cinéma” n’a pas de réel coup de coeur à vous recommander, néanmoins si vous souhaitez voir une agréable comédie française surmédiatisée et vous détendre les zygomatiques sans vous froisser
les neurones, vous pourrez aller voir Palais Royal de Valérie Lemercier dont vous pouvez retrouver ma critique
en avant-première dans mon compte-rendu du festival du film britannique de Dinard où le film était projeté en séance exceptionnelle.
Vous pourrez également aller voir le très palmé Trois enterrements de Tommy Lee Jones au sujet duquel vous
pouvez retrouver mes commentaires dans mon compte-rendu du festival de Cannes.
Parole de cinéphile, la semaine prochaine « In the mood for cinéma » vous parlera avec davantage d’enthousiasme d’un des films incontournables de cette année : Le temps qui reste de François Ozon (dont vous pouvez d’ores et déjà retrouver la critique dans mon compte-rendu du festival de Cannes où il était présenté dans la sélection Un Certain Regard).
Photo ci-contre prise lors du festival du film britannique de Dinard lors de l'avant-première de "Palais Royal"© Sandra Mézière
21:55 Publié dans FILMS DE LA SEMAINE | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma
15.11.2005
Le film de la semaine du 16 novembre recommandé par "In the mood for cinéma"
Demain sort un de mes coups de coeur, un coup de foudre même, du festival de Cannes 2005: Three Times de Hou Hsiao Hsien , un film que je vous recommande vivement, et tout particulièrement à tous ceux qui avaient succombé à la langueur mélancolique de In the mood for cinéma.
Retrouvez ma critique de "Three times" en avant-première dans mon compte-rendu du festival de Cannes 2005. (résumé du vendredi 20 Mai).
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05.11.2005
L'autre film de la semaine: "Je ne suis pas là pour être aimé" de Stéphane Brizé
Me souvenant du premier film de Stephane Brizé Le bleu des villes qui avait reçu le prix Michel d’Ornano 1999, je tenais absolument à découvrir ce second long-métrage du réalisateur. Réminiscences espérées d’un film dont je gardais une excellente impression ? Réminiscences espérées de l’atmosphère enchanteresse du lieu où j’avais vu ce précèdent film et de tant de souvenirs aussi : celle et ceux du festival du film américain de Deauville 1999 ? Mystères de l’inconscient. Toujours est-il que je me retrouvai, non pas dans la salle de cinéma du casino de Deauville mais au cinéma Saint-André des Arts, dans une salle au public plus que clairsemé…forcément eu égard au peu d'échos médiatiques de ce film qui en aurait pourtant mérité.
Du Bleu des villes je me souvenais d’une histoire universelle, de personnages touchants, dépeints sans manichéisme simplificateur, juste humains, ambivalents, aspirant à une vie meilleure, différente en tout cas. Je me souvenais aussi d’une esquisse assez juste de la province. Tous ces éléments se retrouvent d’ailleurs dans
Je ne suis pas là pour être aimé . Les premiers plans nous font suivre Jean-Claude Delsart (Patrick Chesnais) qui monte l’escalier d’un immeuble, essoufflé, haletant, lassé. Essoufflé par la situation autant que par sa vie. Comme la protagoniste du Bleu des villes il a un métier a priori plutôt ingrat (huissier de justice),il ne nous apparaît pas « aimable » (dans les deux sens du terme)d’emblée. Sa vie routinière, monotone, se partage entre le cadre claustrophobique de son étude, grisonnante, voire sinistre, et celle de la chambre de la maison de retraite de son père, un père irascible. Et puis un jour la fenêtre de son étude s’ouvre et de là on découvre l’appartement qui lui fait face, s’y oppose même : celui où sont donnés des cours de tango dans une ambiance chaleureuse. Les couleurs du lieu sont aussi chaudes que celles de l’étude sont froides, la musique emplit autant le lieu que le silence de l’étude la vide. Une fenêtre s’ouvre aussi dans son existence. Ses désirs, ses échecs enfouis se réveillent soudain, ses « bleus » à l’âme aussi. Dans un douloureux silence. Son médecin lui a recommandé de faire de l’exercice à cause de son cœur, un cœur fatigué : il s’inscrit donc au cours de tango. Même s’il n’est initialement pas « là pour être aimé », c’est pourtant ce qui va arriver. Malgré lui. Comme une évidence. Sous les traits d'une jeune femme sur le point de se marier : Fanfan (Anne Consigny).
Là pourrait avoir été résumé tout le film, pourtant c’est bien plus que cela. Quelle danse plus sensuelle que le tango ? C’est avec cette même sensualité que Stephan Brizé filme ses personnages, filme celle qui s’empare peu à peu d’eux, un trouble imperceptible capté par la caméra : une main qui progressivement se rapproche d’une épaule, le frémissement d’un visage, et sans dialogues, le temps d’une danse, par son talent de réalisateur et par celui de son acteur principal, une histoire qui naît de manière indicible, avec la noblesse du silence.
Les scènes dialoguées sont tout aussi réussies : percutantes, cruelles parfois (scènes de famille de la future mariée en proie aux doutes, scènes avec son père, etc) aux accents de réalité indéniables. L’histoire d’un « cœur en hiver » (la référence est plus qu’élogieuse de ma part : un de mes films préférés ) qui se remet peu à peu à battre, à exister. La profonde humanité avec laquelle Brizé décrit ses personnages n’est d’ailleurs pas sans rappeler le style du réalisateur précité.
On pourrait lui reprocher un scénario prévisible mais son talent nous le fait bien vite oublier: il filme la polysémie des silences, des visages, comme personne. Un film d’une tendre cruauté, d’une subtile drôlerie, d’une belle humanité, sans théâtralité ni grandiloquence mais dont la mélancolie vous charme insidieusement, subrepticement comme ce tango qui rapproche peu à peu les personnages et dont la musique exaltante vous poursuivra longtemps après le générique de fin.…
Film encore projeté au Saint-André des arts, à l'UGC Rotonde Montparnasse, à l'UGC triomphe, au Gaumont Opéra français, à l'UGC ciné cité Bercy, et au Studio 28.
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31.10.2005
Le film de la semaine : « Match point » de Woody Allen
Un film de Woody Allen c’est un peu comme l’étaient les films de Melville, de Sautet, de Hitchcock et de quelques autres, aussi diamétralement opposés que soient leurs styles, qu’ils soient excellents (ils le sont presque toujours) ou un peu moins, nous savons d’avance dans quel genre de film, dans quelle forme filmique nous allons nous plonger, avec délectation d’ailleurs, car c’est aussi, surtout, pour cela que nous y allons : le signe distinctif d’un cinéaste immédiatement reconnaissable. Cette fois pourtant, tout en excellant dans son domaine, plus que d’habitude encore peut-être, Woody Allen réussit à nous surprendre, en s’affranchissant des quelques « règles » qui le distinguent habituellement : d’abord en ne se mettant pas en scène, ou en ne mettant pas en scène un acteur mimétique de ses tergiversations existentielles, ensuite en quittant New York qu’il a tant sublimée. Cette fois, il a en effet quitté Manhattan pour Londres, Londres d’une luminosité obscure ou d’une obscurité lumineuse, en tout cas ambiguë…cadre idéalement paradoxal pour ce jeune prof de tennis d’origine modeste embauché dans un club huppé où il sympathise avec le fils d’une riche famille, tout en s’éprenant d’abord de sa sœur, ou du moins en feignant de s’en convaincre, à défaut de nous en convaincre,…avant de rencontrer la fiancée de ce dernier, actr






































































